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La vraie politique climatique de l’Inde

par Par Rémy Prud’homme. 7 Juillet 2017, 17:54 CO2

La vraie politique climatique de l’Inde

 

Lorsque M. Modi est arrivé au pouvoir, en 2014, il était considéré en Occident comme un extrémiste nationaliste, une sorte de Le Pen indien, et comme tel peu fréquentable.

Aujourd’hui, il est systématiquement présenté comme un élève modèle de la classe climatique, par contraste avec le cancre Trump.

 

A en croire les médias français, l’engagement de l’Inde dans l’énergie solaire en ferait un magnifique exemple de la lutte contre le CO2 – un exemple dont le monde entier, et en particulier la France, devrait s’inspirer.

 

La réalité est complètement différente.

     L’Inde, qui sera bientôt le pays le plus peuplé du monde, est d’abord un pays pauvre.

A la fois effet et cause de cette pauvreté, des centaines de millions de personnes y vivent sans électricité.

Le principal objectif des dirigeants indiens est de faire reculer cette misère, et d’offrir à tous l’accès à l’électricité.

Ils obtiennent d’ailleurs de beaux résultats, puisque l’Inde connaît depuis une dizaine d’années des taux de croissance de 7 ou 8%.

Tous les hommes de cœur s’en réjouissent.

Ce recul de la pauvreté a été de pair avec une forte hausse de la consommation de charbon et des rejets de CO2 : ils ont pratiquement doublé au cours des dix dernières années (+88% pour le charbon, +81% pour le CO2).

L’électricité provient, en 2016, des combustibles fossiles à hauteur de 83%, du photovoltaïque pour moins de 1% et de l’éolien pour 3%.

Bon en développement, mauvais en climat.

 

Voilà pour le passé et le présent.

     Pour le futur, il y a encore tant de pauvreté en Inde que les dirigeants de ce pays entendent bien continuer dans la même voie.

Ils le disent clairement.

Les intentions affichées par l’Inde pour les Accords de Paris (sa CPDN, contribution prévue déterminée nationalement, dans le jargon climatique), qui sont un peu moins que des engagements, annoncent une diminution de l’intensité en carbone (le ratio CO2/PIB) de 1,7% par an d’ici 2030, et une augmentation du PIB de 7,6% par an : en d’autres termes, l’Inde a exprimé à la COP 21 son intention d’augmenter ses rejets de CO2 d’environ 6% par an d’ici à 2030.

En millions de tonnes, c’est quatre fois plus que la diminution prévue par et pour toute la Communauté Européenne pour la même période.

On peut approuver ce projet, qui est celui d’un gouvernement légitime.

Mais il est grotesque de le présenter comme une contribution majeure à la réduction des rejets de CO2 du globe.

 

     Pour l’électricité, les projets de l’Inde pour 2027 sont précisés dans un Plan National publié en décembre 2016.

Une forte augmentation de la production totale (+58%) est prévue.

La part des renouvelables, qui est actuellement très faible, devrait augmenter et passer de 4% aujourd’hui à 13% en 2027.

L’électricité à base de charbon devrait diminuer en valeur relative (passer de 83% à 70%), mais, et c’est ce qui compte pour le climat, augmenter en valeur absolue (de 33%).

 

Là encore, on peut approuver ces choix.

Mais il est ridicule de les présenter comme une participation importante à la réduction des rejets de CO2 de la planète, puisqu’ils impliquent une augmentation (de 33%) de ces rejets.

    

Par quels tours de prestidigitation les propagandistes des politiques climatiques transforment-ils ce plomb en or ?

Ils utilisent principalement trois trucs.

Le premier consiste à se focaliser sur les seules augmentations relatives des renouvelables, qui sont en effet impressionnantes : une multiplication par 3 pour l’éolien, par 20 pour le solaire, et à mettre sous le tapis le bas niveau du point de départ.

 

Le deuxième consiste à s’exprimer en capacités (en GW) et non pas en productions (en TWh), en oubliant que 1 GW de thermique fonctionne 5 ou 6 fois plus d’heures par an qu’un GW solaire, et produit donc 5 ou 6 fois plus d’électricité.

 

Le troisième truc consiste à confondre souhaits et réalisations ; rien ne garantit en effet que l’Inde mettra en œuvre les projections qu’elle offre.

    

Au total, l’Inde entend bien continuer à donner la priorité au développement plutôt qu’au climat.

Bravo ! En plus, M. Modi se débrouille pour ranger son pays dans le camp du bien.

Double bravo !

Mais nous ne sommes pas pour autant obligés de céder à la désinformation ambiante ?

 

RPHInde

Sources et notes : Capacités : Draft National Electricity Plan 2016, Table 5-14 ; production 2016 : Wikipedia. La production 2027 est calculée en supposant, pour chaque mode, le taux d’utilisation (le ratio production/capacité) de 2027 égal à celui de 2016. Le total néglige la contribution des renouvelables non-intermittents, qui est faible.

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VU LA

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